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Par Brendan Leonard

À 17 ans, j’ai rédigé la première ébauche d’un récit d’aventure dans un carnet à spirales. J’ai choisi la fiction parce que je venais tout juste de lire Sur la route de Jack Kerouac, que je croyais être de la fiction. Je ne me souviens plus du tout de l’histoire, à part le fait que les personnages avaient quitté ma petite ville natale du nord-est de l’Iowa pour aller vers l’Ouest. L’histoire était écrite à la main dans un carnet rouge que plus personne n’a jamais ouvert. Il a sûrement été oublié dans une boîte ou jeté aux ordures.

Je savais alors que je voulais ressembler aux personnages du livre de Kerouac, partir à l’aventure et être en mesure d’écrire là-dessus. Mais je ne savais pas trop comment m’y prendre. J’ai pratiqué le football et la course, et j’ai fait les mauvais coups typiques des jeunes du secondaire. J’ai écrit un peu, dans un atelier d’écriture et sur des bouts de papier destinés aux filles. Je suis parti au collège et j’ai entrepris des cours qui m’engageaient dans différentes voies : communication, puis biologie, puis anglais (un seul jour) et enfin marketing, qui menait selon moi à une carrière où je pourrais être à la fois créatif et très bien payé. Parce qu’au fond, qui peut vous dire comment devenir écrivain? Vous allez au collège en vue d’obtenir un travail et être écrivain n’en est pas un, c’est plutôt une sorte de fantaisie que se permettent certaines personnes comme Stephen King. 

J’ignorais absolument de quelle façon on devient écrivain. Je savais comment dénicher et lire de bons livres – rien de plus facile. Ils se proposaient presque d’eux-mêmes, alignés sur les rayons des librairies, ou ressortaient dans une conversation : « Tu connais tel livre? » « Et tu as lu tel autre? C’est un incontournable! » 

Il est par contre bien plus difficile d’apprendre à écrire comme les grands écrivains.  

Ira Glass a abordé ce sujet dans une entrevue de David Shiyang Liu présentée dans un film de deux minutes qui est devenu viral. Voici son premier commentaire : 

« Personne ne parle de ça aux débutants et j’aurais vraiment souhaité que ce soit le cas pour moi. Tous ceux qui font un travail de création s’y plongent en faisant appel à leur capacité de discernement. Mais il semble y avoir un décalage entre les deux. Au cours des premières années d’écriture, le résultat n’est pas vraiment bon. Il n’est pas excellent. Il essaie d’être à la hauteur, il y aspire, mais ce n’est pas encore ça. »

Ira Glass et le récit

J’ai choisi un nouveau héros littéraire chez Hunter S. Thompson et j’ai commencé à écrire une chronique dans le journal de mon université. Hunter Thompson était tout un fêtard, alors je l’étais aussi. Je devais croire que c’est là que son génie de conteur trouvait sa source. Peur et dégoût à Las Vegas n’était-il pas l’histoire d’un hallucinant party d’enfer? 

Ce n’était pas aussi simple. Je n’avais pas compris à 22 ans l’évolution de la carrière d’écrivain de Thompson. Il ne s’est pas fait connaître subitement après avoir écrit l’histoire d’un week-end déchaîné à Las Vegas. Cinq ans auparavant, il s’était lié aux Hell’s Angels et avait tiré de son expérience un livre journalistique. 

Je n’avais pas saisi que pour écrire ou créer, il faut d’abord tenir son sujet. On dit qu’il faut écrire sur ce que nous connaissons, mais dans ma jeune vingtaine, je ne savais pas grand-chose de la vie (même si je croyais le contraire). 

Ce n’est qu’au second semestre de mes études supérieures, lors de ma rencontre avec le professeur de l’atelier d’écriture du récit, que la question a été clairement énoncée. Mon professeur m’a demandé : « As-tu réalisé quelque chose d’unique? Ton écriture peut-elle emmener les gens là où ils ne sont jamais allés? » 

J’ai commencé à repenser à ce que j’avais fait d’intéressant et de différent des autres étudiants de ma classe. La liste était courte. J’ai trouvé quelques éléments, essayé de bien les raconter et reçu des encouragements. 

Ce que j’aurais aimé qu’on me dise à 17 ans alors que j’ébauchais un récit boiteux dans un carnet, c’est que pour écrire de bonnes histoires, il faut en vivre. L’expérience fait partie du développement d’une voix créatrice, que vous souhaitiez faire des photos ou des films, ou écrire des histoires (à moins bien sûr de choisir la fiction). Nul besoin d’escalader le mont Everest ou de rouler de Prudhoe Bay à la Terre de Feu dans un bus VW, vous devez accomplir des choses profondément ressenties – vivre des expériences viscérales. 

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Brendan Leonard est collaborateur à la rédaction  Adventure Journal | Climbing | Carnets migrateurs

 

The New American Road Trip Mixtape est maintenant offert en formats poche et électronique à semi-rad.com/book 

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